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Le blog du G. P. S.

Depuis décembre 2008 à Toulouse, le GPS(Groupement Pour la défense du travailSocial) se bat contre les atteintes portées aux usagers du secteur social. Pour ce faire de multiples actions ont été menées en faveur du droit des usagers.

"A Toulouse, «sous les ponts faute de place»"

Publié le 20 Octobre 2012 par Le blog du G. P. S. in Archives Toulouse 2012

Article de GILBERT LAVAL paru sur Libération.fr le 16 octobre :

 

"Dans la préfecture de Haute-Garonne, le Samu social ne peut plus répondre à tous les appels des familles à la rue.

«C’est quand je picole que j’ai l’œil droit qui se ferme. C’est pour ça qu’on m’appelle Jack le Borgne.» Sinon, Jacques a bien ses deux yeux ouverts pour ajuster son carton dans une niche sous le pont des Catalans, à Toulouse. Il n’a «pas toujours habité là», dit-il sans amertume aucune. Il avait l’habitude d’appeler le 115 ou de prendre le bus de ramassage pour le centre d’hébergement de la zone du Chapitre. Mais voilà, Jack n’appelle plus le numéro d’urgence des sans-abris.


D’abord, il y a une dizaine de jours, il est tombé sur un message lui expliquant que les personnels de la veille sociale avaient exercé leur droit de retrait, faute de pouvoir accomplir leur tâche et à cause d’une montée de la violence. ll n’y avait donc plus personne au bout du fil, les équipes mobiles ne sortaient plus et les sédentaires du pôle d’accueil ne recevaient plus les demandeurs d’hébergement. Aujourd’hui, les personnels ont repris le travail. Mais une voix lui demande désormais de patienter. «Tout ça pour s’entendre dire qu’il faudra rester sous les ponts faute de place», rigole-t-il. La même réponse a été faite hier à Antoine et Valérie, parents d’un petit garçon, tous trois hébergés pour quelques jours encore dans le couloir d’une maison inhabitée du quartier de la gare.


«Enfer». Ces dernières semaines, l’équipe du 115 a dû notifier jusqu’à 170 refus d’hébergement faute de places. Ce sont des demandes formulées par le commun des SDF, des familles sans toit ou des femmes seules qui sont ainsi rejetées. Toulouse dispose certes de 440 places d’hébergement, «mais il en faudrait 300 de plus», assure-t-on à la veille sociale. «Et il fait encore bon à Toulouse, même la nuit», sourit malgré lui un agent du pôle d’accueil de la rue Adolphe-Coll.


Le travail social, déjà «impossible» cet automne va devenir «un enfer» les premiers froids venus, frémit déjà Stéphane Robaire, salarié du 115. Les travailleurs sociaux s’attendent à 200 demandeurs d’hébergement supplémentaires.


Certes, les budgets de l’Etat permettent d’ouvrir des places en sus pour la période hivernale. «Mais faut le dire vite», reprend l’homme du 115 : «L’an dernier, la ville de Lyon a obtenu 600 places de mieux quand Toulouse a dû se contenter de 40 places, plus 20 en halte de nuit.»


Bras cassés. Cette situation fait que certains renvoyés à la rue, comme des pères de famille, ont pu devenir violents à l’égard des équipes d’accueil. Les 28 salariés de la veille sociale ont préféré user de leur droit de retrait, il y a dix jours. Ils ont repris le travail depuis. Mais sans trop y croire. «J’ai une famille, là, expulsée de son appartement, et une autre expulsée de sa maison. J’en fait quoi, moi ?» interroge un agent de la veille sociale fatigué d’être «payé à dire non» alors qu’il l’est pour trouver des solutions.


Il y avait déjà, dit-il, «les bras cassés d’une société dure aux pauvres». Viennent de plus en plus s’y ajouter, selon lui, les victimes d’une «crise croissante», comme cet agent de la métallurgie, Marc, qui a roulé en BMW et qui traîne aujourd’hui dans les squats du quartier Marengo. Quant au squat de la rue Demouilles, il a été évacué par la police. Les sans-toit qui ont prétendu occuper le pôle d’accueil de la veille sociale ont été expulsés par des CRS pas toujours tendres. Jack le Borgne résume : «En plus des SDF, il y a les pauvres maintenant.»"

 

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