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Le blog du G. P. S.

Depuis décembre 2008 à Toulouse, le GPS(Groupement Pour la défense du travailSocial) se bat contre les atteintes portées aux usagers du secteur social. Pour ce faire de multiples actions ont été menées en faveur du droit des usagers.

Article du monde sur l'installation d'une salle de consommation il y a 15 ans...

Publié le 28 Mars 2013 par Le blog du G. P. S. in Documents

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LE MONDE | 27.03.2013 à 11h22 • Mis à jour le 27.03.2013 à 21h00 Par François Béguin

Le traumatisme de la "Boutique", un centre installé pour les usagers de drogue sans concertation

 

 

 

 


 
L'installation en 1998 d'une "Boutique", un centre de prise en charge sanitaire et sociale d'usagers de drogue, a suscité un violent conflit dans cette rue tranquille qui relie la place de la République et le canal Saint-Martin.

Les responsables politiques et associatifs qui préparent l'implantation d'une salle de consommation de drogue près de la gare du Nord à Paris ont tous en tête le précédent malheureux de la rue Beaurepaire, il y a quinze ans, dans le même 10e arrondissement.

Voir et lire : A Paris, angoisse et espoir autour de la salle de shoot

L'installation en 1998 par l'association Charonne d'une "Boutique", un centre de prise en charge sanitaire et sociale d'usagers de drogue, a suscité un violent conflit dans cette rue tranquille qui relie la place de la République et le canal Saint-Martin. Des riverains inquiets pour leur sécurité et le prix de revente de leurs appartements avaient manifesté leur hostilité à coups de banderoles, menaces, jets de peinture, pétitions et procès. 

"C'est un traumatisme qui a marqué les esprits", analyse Maryse Bellucci-Dricot, trésorière de Charonne. En matière de prévention des risques liés à la drogue, "il y a un avant et un après-Beaurepaire. Ce cas a ensuite permis d'ouvrir des structures en interrogeant en amont la qualité de la communication publique."

ENJEU ÉLECTORAL

Les membres de Charonne, qui agissaient pourtant avec le soutien de l'Etat et avec l'accord du maire (PS) du 10e de l'époque, Tony Dreyfus, reconnaissent s'être sentis dépassés par ce conflit. "On était dans un dispositif expérimental, explique François Diot, éducateur lors de l'ouverture et aujourd'hui chef de service à Beaurepaire. Il ne fallait pas lâcher. Il y aurait eu jurisprudence et on n'aurait rien pu ouvrir."

A la fin des années 1990, les toxicomanes, chassés de la place Stalingrad (19e), se sont repliés dans le 18e arrondissement et dans le centre de Paris. L'association Charonne, qui a déjà une "Boutique" dans le 18e, souhaite en ouvrir une deuxième mais ne parvient pas à s'implanter dans le quartier des Halles. Après quinze mois de recherche, elle trouve le local du 9, rue Beaurepaire.

La rue n'est pas encore le haut lieu des bobos parisiens. Les boutiques branchées Agnès B ou American Apparel n'ont pas remplacé les marchands de tapis. Le PS a remporté la mairie d'arrondissement deux ans et demi plus tôt. Mais à mi-mandat, l'implantation du centre représente un enjeu électoral majeur.

"CE SILENCE A CRÉÉ UNE FORME DE FANTASME"

L'erreur initiale, reconnue par les protagonistes, repose sur le secret qui a entouré l'arrivée de la structure. "La direction des affaires sanitaires et sociales et la mairie n'étaient pas d'accord pour qu'on en parle avec les riverains", se souvient Perlette Petit, présidente de Charonne de 1981 à 2008. C'est en menant leur propre enquête que ceux-ci découvrent à quoi vont être destinés les locaux en travaux.

"Ce silence a créé une forme de fantasme", confirme Maryse Belluci-Dricot. " Nous avons communiqué une fois que le feu était déclaré", regrette Malika Tagounit, alors responsable du centre. Le jour de l'ouverture, le 20 avril 1998, des voisins mécontents s'enchaînent devant le centre. Des CRS doivent intervenir. C'était "sidérant, surréaliste", se souvient François Diot.

Pendant huit mois, les 300 riverains mécontents de l'association République Canal Saint-Martin se relayent pour tenir un stand sur le trottoir en face de la Boutique. "Leur obsession, c'était la seringue, dit Perlette Petit. Ils croyaient qu'on allait distribuer de l'héroïne. On a eu des menaces. On a dû prendre un maître-chien pour garder les locaux." Deux policiers restent en faction pendant plusieurs mois devant la Boutique. Des affiches "Dites non à Tony, le trafiquant de drogue" sont placardées sur l'immeuble. Le quartier se divise, la tension monte. D'autres habitants qui, eux, soutiennent le projet, montent leur association, Côté quartier.

FONDU DANS LE PAYSAGE

Pour décrire l'atmosphère des réunions de concertation à la mairie, l'ancienne responsable de Beaurepaire raconte : "Un homme nous a dit un jour : 'S'il arrive quelque chose à mes deux petites filles, je prends mon fusil et je vous tue'."

Au manque de transparence initial vient s'ajouter la méconnaissance des riverains des dernières études en matière de prévention des risques. "Toutes leurs angoisses et leurs peurs ne tenaient pas face à la réalité", analyse François Diot. Au fil des semaines, le conflit prend une tournure politique. Le FN s'invite dans le débat. "On a été un pion au milieu d'enjeux politiques", résume un ancien responsable du centre. En mai, Bernard Kouchner, alors secrétaire d'Etat à la santé, propose une médiation. Le 23 avril 1999, un protocole d'accord est signé. Il prévoit notamment que le centre ne pourra pas recevoir plus de 20 usagers par jour. Et une délocalisation vers... la gare du Nord est envisagée.

Un jugement du tribunal de grande instance de Paris en novembre 2000 estime contraire au règlement de la copropriété l'activité de la Boutique. La cour d'appel puis la Cour de cassation donnent finalement raison à l'association Charonne. Malgré cette victoire, Anne Coppel, alors présidente de l'Association française de réduction des risques liés à l'usage de drogues, estime que l'expérience de Beaurepaire "a mis un coup d'arrêt à la politique de réduction des risques qui a mis au moins sept ans à redémarrer. Ça a terrorisé les élus".

Quinze ans après, le centre d'accueil s'est fondu dans le paysage de la rue Beaurepaire. Il accueille entre 70 et 80 personnes par jour. "Il n'y a jamais eu d'accident ni d'agression", se félicite Laurence de Villeneuve, une riveraine autrefois membre de l'association Côté quartier. Les prix de l'immobilier sont florissants et peuvent même monter jusqu'à 10 000 euros le m2.

François Béguin

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