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Le blog du G. P. S.

Depuis décembre 2008 à Toulouse, le GPS(Groupement Pour la défense du travailSocial) se bat contre les atteintes portées aux usagers du secteur social. Pour ce faire de multiples actions ont été menées en faveur du droit des usagers.

"Le mode d’emploi de l’hôpital pour refouler les SDF"

Publié le 25 Octobre 2012 par Le blog du G. P. S. in Documents

Article de Sophie Verney-Caillat, paru le 17 octobre 2012 dans  Rue 89 :

 

"« Pas de mise à l’abri », « si nécessaire appel à la police »... C’est la consigne donnée à l’Hôtel-Dieu face aux « indigents » sans enfants. Une procédure « inhumaine » ?


Des personnes dorment dans le hall d’accueil de l’Hôtel-Dieu à Paris, le 16 octobre 2012 (DR)

 

Tristement banale, la scène se passe la nuit dernière dans le hall d’accueil de l’Hôtel-Dieu, hôpital du centre de Paris. Une famille tchétchène, les parents et six enfants âgés de 3 à 16 ans dorment à même les bancs de pierre, repliés sur des chaises, sous les néons.

Ils ne sont pas malades, n’ont même pas prétendu l’être, ils sont simplement venus demander un abri pour la nuit. Le lendemain matin, ils seront mis à la porte vers 6 heures par la sécurité de l’hôpital.

Ce phénomène est apparu avant l’été à Paris, et il est même arrivé à Robert-Debré ou à Lariboisière que quarante personnes se présentent aux urgences d’un seul coup. « Cela pose un problème d’ordre public », justifie Gérard Cotellon, chef du service du développement social à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris.

« Si nécessaire, appel à la police »

Voir le document

(Fichier PDF)

 

Ces huit personnes ont été autorisés à passer cette nuit au chaud parce qu’il y avait des mineurs. Mais, depuis la publication de la procédure « Sollicitations mise à l’abri », le 21 septembre dernier, ils n’auraient pas dû être accueillis en l’absence d’enfants.

Comme le dit ce document, distribué aux équipes et que Rue89 s’est procuré, « tant qu’on n’est pas dans la procédure grands froids », « si pas de problème de santé, pas de mise à l’abri, donc pas d’orientation dans le hall ». Il est même précisé : « Si nécessaire, appel à la police. »

Un cas comme celui de cette famille tchétchène, les hôpitaux doivent en gérer de plus en plus souvent. Surtout depuis que le Samu social de Paris, le 115, est incapable de faire face à un afflux d’appels. Son président Eric Molinié, l’a expliqué cette semaine :

« Le Samu social reçoit chaque jour plus de 1 200 appels, dont 55% proviennent de familles. On a un flux quotidien de 300 à 400 demandes non pourvues. »

Joint par téléphone après la parution de l’article, il ajoute :

« Il peut nous arriver d’orienter des familles avec enfants vers l’hôpital si on sent au téléphone qu’il y a un besoin sanitaire, mais il y a aussi de vraies filières de passeurs qui envoient les gens en masse à l’hôpital, soit-disant de la part du Samu social. »

« Un type de bricolage connu »


Des personnes dorment ou patientent dans la salle d’attente des urgences de l’Hôtel-Dieu à Paris, le 16 octobre 2012 (DR)

 

Les hôpitaux ont nettement subi les conséquences de la baisse de moyens alloués au Samu social depuis l’été 2011. A l’époque, le professeur Bruno Riou, le patron des urgences de la Pitié-Salpétrière, avait dénoncé dans Le Parisien le « retour au Moyen-Age », et rappelé, à l’attention des pouvoirs publics :

« Notre mission est de soigner les gens, pas de les héberger. »

Une ancienne salariée du Samu social reconnait que « c’est un type de bricolage connu », il arrive même aux équipes, désarmées, de souffler l’idée aux SDF d’aller à l’hôpital. Situation extrême qui tend à se banaliser.

Mais l’accueil n’est pas identique selon les hôpitaux, « certains sont sur la défensive vis-à-vis des SDF », poursuit-elle, notamment pour des raisons de sécurité. A Robert-Debré, un afflux massif avait nécessité l’intervention de la police récemment.

« Cela fait partie du devoir d’assistance »


Une femme et un enfant dorment dans le hall d’accueil de l’Hôtel-Dieu à Paris, le 16 octobre 2012 (DR)

 

A l’Hôtel-Dieu, situé au pied des tours de Notre-Dame et menacé de fermeture, le directeur a choisi de formaliser la procédure. Ce qui soulage une partie des équipes soignantes, et en choque une autre. Valérie Cailleux, infirmière aux urgences, témoigne :

« Souvent je récupère ma collation et des plateaux en salle de garde et je donne à manger à ces gens. Je les autorise aussi à prendre une douche. Certains de mes collègues me disent que si ça continue on en aura 50 comme ça dans le hall, mais pour moi c’est le minimum d’humanité que l’hôpital doit offrir. »

Quelle prise en charge ?

Toute personne qui se présente à l’accueil des urgences est enregistrée puis examinée par un médecin de garde. La mention « demande d’hébergement » est inscrite sur les dossiers.

 

Parfois, les urgences essaient de joindre directement le Samu social, mais sans ligne directe. Souvent, l’appel échoue.

Le docteur Gérald Kierzek, médecin urgentiste dans cet hôpital, est conscient du « risque d’appel d’air » mais juge « inhumaine » la procédure qui consiste à mettre dehors manu militari les gens dans le besoin. « Nos valeurs de soignants, c’est de répondre aux besoins vitaux ». Il ajoute :

« On est bien conscients que ce n’est pas le rôle de l’hôpital, mais quand c’est le dernier recours, on est bien obligés de pallier les insuffisances des services sociaux, cela fait partie du devoir d’assistance de tout médecin. »

Dans le plus vieil hôpital de Paris, fondé au Moyen-Age sur une tradition de charité, l’arrivée de procédures de ce type donne aux équipes le sentiment que l’AP-HP remplit de moins en moins le rôle dont elle porte pourtant encore le titre : l’assistance publique.

« On n’est pas là pour régler les problèmes de l’hébergement social », précise Gérard Cotellon, au cabinet de la directrice de l’AP-HP. Le Samu social de Paris loge 19 000 personnes tous les soirs, mais manque de chambres d’hôtels (ce n’est pas un problème de moyens financiers, précise son président), et laisse sans réponse 300 à 400 appels chaque soir. Sans compter que 35 nouvelles familles demandeuses d’asile arriveraient à Paris chaque jour."

 

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