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Le blog du G. P. S.

Depuis décembre 2008 à Toulouse, le GPS(Groupement Pour la défense du travailSocial) se bat contre les atteintes portées aux usagers du secteur social. Pour ce faire de multiples actions ont été menées en faveur du droit des usagers.

Lettre ouverte au Président de la République :

Publié le 14 Mai 2013 par Le blog du G. P. S. in Du Collectif à la Campagne de Réquisition- la CREA

 

 

Voici la lettre ouverte au président de la République que notre collègue Eléonore Banderly (condamnée ce 19 avril à un mois d’emprisonnement avec sursis, 5 ans de mise à l’épreuve et à payer une amende de 2450 euros pour avoir participé à la réquisition d'une maison vide à Toulouse) vient de lui transmettre.

 

Pour rappel des faits : CLIC

 

 

 

 

Toulouse, le 10 Mai 2013,

 

 

Monsieur le Président de la République Française,

 

 

Je suis éducatrice spécialisée à la Maison Goudouli à Toulouse. C’est un lieu de vie adapté où habitent des personnes très fragilisées par des années de vie à la rue. Chaque jour je constate le mieux-être de ces personnes, la reconstruction de liens sociaux, la reprise de repères, l’émergence de désirs. Elles ont trouvé ici un lieu pour se poser, réapprendre à s’aimer et à aimer la vie. Malgré toutes les séquelles de ces années antérieures difficiles, elles peuvent ici, au moins, mourir dignement.

Nous avons créé ce lieu, avec un collectif de travailleurs sociaux et de citoyens concernés, il y a 2 ans, suite à la fermeture, faute de budget d’Etat suffisant, de deux centres d’hébergement d’urgence. Nos nombreuses alertes, quant à la survie de ces personnes, n’ayant pas donné suite, nous avons dû nous contraindre à passer par la réquisition citoyenne.

Le bâtiment réquisitionné permettait d’abriter 20 personnes en grande précarité (via le projet de la Maison Goudouli), et 9 familles et 10 personnes seules (environ 50 personnes, via le projet de la CREA : Campagne de Réquisition, d’Entraide et d’Autogestion). Après maintes négociations, la Maison Goudouli a été légalisée en janvier 2012, par contre, les 9 familles et les 10 personnes seules ont été expulsées fin août dernier.

Après un an et demi de cohabitation, j’ai assisté au violent retour à la rue de ces femmes, ces enfants… de nos voisins. Suite à l’expulsion de ce bâtiment d’Etat appartenant au ministère des solidarités et de la cohésion sociale, ils ont trouvé refuge, durant un mois, dans un bâtiment de l’URSSAF. L’expulsion, fin octobre, de 100 personnes cette fois-ci, fut toute aussi violente et démesurée.

Début novembre, dans l’urgence de l’hiver approchant, une grande maison pouvant abriter 4 familles a été trouvée. Cette maison était vide depuis plusieurs mois (et l’est toujours aujourd’hui), et avait déjà été investie quelques nuits par des personnes « en galère ». Au bout de quelques jours, nouvelle expulsion. Cette fois-ci avec condamnation des occupants, des serrures y auraient été abimées…

Je ne comprends pas. Je ne comprends pas un tel déchainement répressif sur des personnes qui ne font que s’entraider et se protéger.

Je ne comprends pas pourquoi il est plus important pour vous que les personnes subissent leur misère plutôt qu’elles essayent de se débrouiller.

Je ne comprends pas pourquoi aujourd’hui je suis condamnée à un mois d’emprisonnement avec sursis, 5 ans de mise à l’épreuve et une amende de 2450E à payer.

Je ne comprends pas en quoi je suis plus dans l’illégalité que vous qui avez la responsabilité de faire appliquer la loi d’inconditionnalité et de continuité de l’hébergement (loi MOLLE*), le droit fondamental au logement, et le devoir de ne pas expulser sans relogement.

Je ne comprends pas pourquoi la solidarité et la fraternité (normalement si cher à ce pays) sont plus condamnables que de laisser mourir des gens à la rue.

 

Dans l’espoir que la loi de réquisition soit enfin appliquée, veuillez recevoir, Monsieur le Président, mes respectueuses salutations.

 

 

 

BANDERLY Eléonore.

 

 

 

Loi de Mobilisation pour le Logement et la Lutte contre les Exclusions (MOLLE) 

 

  • Inconditionnalité : « Toute personne sans abris en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès à tout moment a un dispositif d’hébergement d’urgence […] quelque soit sa situation administrative ». (art. L345-2-2)

 

- Continuité : «  Toute personne accueillie dans une structure d’hébergement d’urgence doit pouvoir y demeurer, dès lors qu’elle le souhaite, jusqu’à ce qu’une orientation lui soit proposée ». (art. L345-2-3)

 

 

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