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Le blog du G. P. S.

Depuis décembre 2008 à Toulouse, le GPS(Groupement Pour la défense du travailSocial) se bat contre les atteintes portées aux usagers du secteur social. Pour ce faire de multiples actions ont été menées en faveur du droit des usagers.

Pré -Projet écrit par des travailleurs médicos-sociaux du GPS à Toulouse

Publié le 18 Mai 2011 par G. P. S. in La Maison Goudouli

 

Début  avril 2011, dénonçant depuis longtemps le manque de moyens et de considérations par rapport au public des grands précaires de Toulouse, le GPS a fait le choix de stopper l'hémorragie des morts à la rue en passant par des modes d'actions.

 

Les représentants de l'Etat nous avaient demandé alors si on était conscient de la portée de nos actes et nous répondaient qu'il fallait créer des projets.

 

Pourtant un certain nombre de projets existaient déjà à travers le réseau médico-social toulousain.

 

Malgré tout un groupe motivé composé de travailleurs médico-sociaux de l'EMS (Equipe Mobile Sociale) membres du GPS s’est attelé à la tâche et a remis en lumière un pré-projet concernant l’habitat de grands précaires.

 

En espérant que cette fois-ci l’Etat ne puisse plus dire qu’il ne savait pas, ou qu’il soit encore tenter de déshabiller les autres structures d’accueils pour créer un lieu à bas coût, nous publions l’écriture de ce lieu nécessaire et souhaité par tous les acteurs médicaux sociaux de Toulouse

 

Le Groupement Pour la dénse du travail Social vous souhaite bonne lecture:

 

 

 


 

 

Habitat adapté

pour les « Grands Précaires »

ou personnes en situation de très grande précarité

 

 

 

 


1ère partie : Le public en situation de grande précarité

 

 

 

 

Sont définies comme les personnes en situation de grande précarité celles qui sont les plus marginalisées. Elles ne posent pas, plus ou peu de demandes, ou alors de façon inadaptée. Elles investissent souvent un lieu (un quartier, une place, un bout de trottoir, etc.), plus rarement certaines se déplacent en permanence.

 

Ce sont des personnes vivant à la rue de manière chronique ou dans des conditions très précaires (squat, cabane, etc.). Leur âge se situe majoritairement entre 40 et 60 ans.

 

Le plus souvent extrêmement fragiles, en perte d’autonomie, elles présentent des problématiques sanitaires lourdes :

 

o           Des pathologies psychiatriques et cognitives : états limites, psychoses, états dépressifs, détérioration mentale (troubles de la mémoire immédiate, état de démence alcoolique, confusion mentale, etc.), névroses, grande souffrance morale liée aux conditions de vie, etc.

 

o           Des pathologies liées aux addictions :

 

- L’alcoolisme chronique et ancien est à l’origine d’une majorité des affections constatées (digestives, neurologiques, générant des problèmes d’incontinence, des troubles locomoteurs, un cumul de pathologies gastro-entérologies, traumatiques, chutes, démences alcooliques).

 

- La toxicomanie (qui est souvent le fait des personnes les plus jeunes).

 

- Les conséquences du tabagisme au long cours : insuffisance circulatoire (artérites), emphysèmes, BPCO (bronchite pneumopathie chronique obstructive).

 

o           Les maladies chroniques mal ou pas soignées (interruptions fréquentes de traitement) : diabète, VIH, épilepsie, hépatite (A.B.C.), insuffisances circulatoires, respiratoires, cardiaques et rénales.

 

o           Des pathologies aiguës liées au lieu de vie : pneumopathie, tuberculose, dermatose (poux de corps, gales, ulcères, etc.), parasitoses, malnutrition.

 

o           Les traumatismes (fractures) : violences, chutes, TCPC (traumatisme crânien avec perte de connaissance).

 

 

Nous retrouvons dans ce public l’image symbolique liée au « clochard », présentant souvent un cumul d’affections occasionnant des tableaux cliniques aux pronostics vitaux pessimistes.

 

 

Parmi les 1 105 personnes rencontrées par l’EMSS au cours de l’exercice 2009/2010, 259 sont en situation de très grande précarité.

 

 

 

Alcoolisme chronique

197

76 %

Pathologies psychiatriques et déficience

172

66,4 %

Poly-toxicomanies

60

23,2 %

Troubles gastro-entérologiques

64

24,7 %

Problèmes traumatologiques

80

30,9 %

Problèmes dermatologiques

41

15,8 %

Troubles neurologiques

56

21,6 %

Problèmes cardiaques chroniques

29

11,2 %

Problèmes vasculaires

24

9,3 %

Insuffisance respiratoire

45

17,4 %

Troubles néphrologiques

13

5 %

Diabète

17

6,6 %

Hépatite C / VIH

20

7,7 %

Pathologies cancéreuses

10

3,9 %

 

Pathologies déclarées chez les 259 personnes en situation de très grande précarité

 

Chez les grands précaires, l’alcoolisme est souvent ancien et massif. Il génère des troubles importants (somatiques et traumatologiques) décrits précédemment. Il reste néanmoins fondamental de souligner la place et la fonction de cette consommation dans la vie des grands précaires. En effet, si l'alcool reste extrêmement nocif et toxique, il agit aussi comme un anxiolytique, un pansement sur des blessures anciennes. L’alcoolisme est un des symptômes qui traduit une souffrance profonde généralement refoulée. Dans ce sens il est indispensable de ne pas réduire les personnes alcoolo-dépendantes à ce seul symptôme.

 

 

Outre ces pathologies et la souffrance morale, l’isolement, les carences affectives, l’errance, la perte d’identité et d’estime de soi, l’altération de l’image corporelle, la perte d’autonomie dans les actes courants sont les états d’être communs à ces personnes.

 

 


2ème partie : Historique de la prise en charge de ce public

 

 

 

 

En 1993 ont lieu les premières sorties à la rue de Médecin du Monde et du GAFet l’année suivante sont mises en place des équipes de maraude (SAMU Social) permettant d’aller vers les personnes les plus désocialisées. Ces maraudes ont lieu uniquement durant l’hiver.

Existent alors sur Toulouse plusieurs centres d’accueil d’urgence : Antipoul (ouvert toute l’année) Hôtel Dieu et Saint Aubin (ouvert uniquement l’hiver).

 

Dès le début, les équipes de terrain constatent que les personnes les moins autonomes présentant de multiples problématiques (alcool, hygiène, santé,…) n’ont pas accès à ces accueils. Le collectif inter associations instauré en réseau (RALI) en lien avec le GAF prend alors plusieurs initiatives pour ouvrir des accueils à bas seuil d’exigence, d’abord Rue Deville, puis Rue Job. Ces accueils fonctionnant de manière militante avec des bénévoles ont permis de mettre en évidence les besoins. De ces expériences va naître le centre d’hébergement géré par le CPVA situé Boulevard Riquet.

 

En octobre 1999 est créée la Veille Sociale Départementale dans le cadre de la loi de lutte contre les exclusions de 1998. Celle-ci regroupe le numéro vert 115 (créé en 1991), le Pôle d’Accueil, d’Information et d’Orientation (PAIO créé en 1991 par la Croix-Rouge et le CCAS) et l’Equipe Mobile Sociale (EMS).

L' Equipe Mobile Sociale et de Santé (EMSS) est aujourd'hui composée de 8 travailleurs sociaux et de 6 infirmiers détachés du CHU. Elle a la spécificité d’aller vers ceux qui ne demandent rien.

 

En 2000 est décidée l’augmentation de la durée de séjour sur les centres d’accueil d’urgence qui passe de 3 à 14 nuits, puis à un mois en 2001. Les personnes peuvent alors mettre fin provisoirement à leur errance et créer des liens plus forts avec les équipes accueillantes. Ces nouveaux délais permettent la construction de repères nécessaires et la planification de différentes démarches médico-sociales.

 

En 2002 les services de la Veille Sociale Départementale se réorganisent autour du numéro d’urgence 115. L’ensemble de l’offre d’hébergement d’urgence est centralisée sur ce numéro. Les personnes ne doivent plus se rendre sur les lieux « prestataires de bons d’hébergement » mais appeler le 115 selon certaines modalités.

 

La même année sont créées les "places rues" au sein des centres d'hébergement d'urgence, places directement gérées par l'EMSS au bénéfice des personnes les plus fragiles n'étant pas en capacité de contacter elles-mêmes le 115 pour obtenir une place en foyer ou de respecter certaines contraintes organisationnelles (heures d'entrée et de sorties, etc…).

Ce système a permis de réintroduire un public de grands précaires dans le dispositif d'hébergement, de les stabiliser, de permettre de mieux les connaître, d'instaurer une relation de confiance, et d'entamer un accompagnement médico-social.

 

L’ouverture d’un nouvel accueil hivernal d’urgence Rue de La Madeleine, remplacé ensuite par celui des 36 Ponts et enfin par celui de Lapujade, a permis dès 2003 d’augmenter la capacité d’accueil du public Grands Précaires.

 

En décembre 2005 ouvre la première Halte de Nuit, lieu d’accueil sans lit adapté au rythme de vie souvent décalé des personnes qui fréquentent la rue depuis plusieurs années.

 


3ème partie : Constats actuels concernant la prise en charge des Grands précaires

 

 

 

 

En 2010, le dispositif des places rues comptait 27 places :

-       8 au CHU de la Ramée (Croix-Rouge) sur un total de 52.

-       13 au CHU Lapujade (Adoma) sur un total de 17.

-       6 au CHU Hôtel Dieu (Adoma) sur un totale de 17.

 

Fin 2010, l'entreprise Adoma a arrêté la gestion des centres d'hébergement d'urgence de Lapujade et de l’ Hôtel Dieu. Les services de l'Etat ont diffusé un appel à projets portant sur la gestion d'un centre d'hébergement d'urgence unique de 34 places, situé sur la zone Thibaud, Route de Seysses à Toulouse.

La Croix-Rouge a été retenue comme gestionnaire de ce centre et a indiqué qu’une diminution du nombre de places rues était inévitable, les moyens alloués ne permettant pas de disposer d'une équipe suffisante pour accueillir chaque soir un nombre important de grands précaires. Ces derniers nécessitant un investissement lourd, il n’y a que 8 places rues (et non 19) sur la Zone Thibaud. 

 

De plus, ces personnes sont dans l’impossibilité de se rendre dans un lieu d'hébergement éloigné du centre-ville de Toulouse et ce pour plusieurs raisons :

-  Une désorientation spatio-temporelle, un périmètre de marche et une autonomie réduits, un risque accru de se perdre en chemin, etc…

-  Une incapacité à utiliser les transports en commun, ou le refus fréquent des chauffeurs de laisser monter certaines personnes dans les bus en raison de leur état d'alcoolisation ou de leur mauvaise hygiène.

-   Une incapacité à être à l'heure à un RDV sur un lieu précis pour un départ de navette ou d'un taxi social par exemple.

 

La fermeture des accueils de Lapujade et de l’Hotel Dieu coïncidant avec l’ouverture de la Halte de Nuit située au centre ville, les grands précaires ont naturellement été orienté sur cette dernière. Ils y ont été accueillis jusqu’à sa fermeture le 31 mars dernier.

 

Actuellement l’absence de places d’hébergement adaptées a des conséquences lourdes pour les personnes et le travail auprès de ces dernières est gravement remis en question.

 

Bénéficiant d’une sécurité relative dans les structures où elles étaient accueillies, les personnes parviennent à se décaler de leurs stratégies de survie pour réinvestir un lieu de vie, des rapports sociaux « normalisés ». Le retour brutal à des conditions de vie antérieures constitue alors un risque : elles ne sont plus à même de se protéger et le sentiment d’abandon peuvent les conduire vers d’importantes conduites à risque. Leur état de santé déjà très fragile connaît rapidement une nette dégradation, rendant inévitable le recours massif aux urgences médicales et accentuant le risque de décès à la rue.

 


4ème partie : Nécessité d’un lieu de vie asilaire pour les grands précaires

 

 

 

 

Le but de ce nouveau projet est de proposer des conditions d’existence dignes et « humaines » et une prise en charge adaptée pour des personnes ayant vécu à la rue de manière durable.

 

L’objectif du lieu est la stabilisation de la situation des personnes accueillies, l’accompagnement proposé devant produire de l’autonomie là où la précarité a produit de l’enfermement défensif.

 

Les caractéristiques du lieu sont les suivantes :

 

Un lieu de vie pour les Grands Précaires

 

De la mise en place du RMI à la loi DALO, en passant par la loi de lutte contre les exclusions ou celle rénovant l’action sociale et médico-sociale, les politiques ne cessent d’affirmer leur volonté de lutter contre toutes les formes d’exclusion.

 

Pourtant il apparaît que le public des Grands Précaires décrit dans la première partie n’est toujours pas pris en considération ou du moins que les solutions existantes (du CHRS au logement autonome en passant par les Maisons Relais) ne tiennent pas compte des spécificités et des attentes de celui-ci.

 

Le lieu s’adresse donc en priorité à cette population qui, pour rappel, se caractérise par un long vécu dans des conditions précaires, un rapport au temps particulier, une santé dégradé, une importante perte d’autonomie, un lien social délité ainsi qu’une non demande à changer son équilibre de vie dans lequel l’alcool a pris une place considérable.

 

 

Un lieu  ouvert toute l’année et 24h/24

 

La finalité du lieu est d’offrir des conditions de vie décentes aux personnes précarisées à l’extrême. L’accueil est envisagé sans limite de séjour.

 

La notion « d’asile » est retenue car la majorité des usagers concernés par le lieu n’ont au préalable aucune demande sinon celle de pouvoir reproduire le fonctionnement acquis avant leur admission. Leur demande se limite à pouvoir bénéficier de meilleures conditions d’existence, elle n’est pas de pouvoir mettre sa situation en projet. L’inéluctabilité de leur situation a été intériorisée à tel point que toute velléité de la voir se modifier a été refoulée au plus profond d’eux-mêmes : Une quelconque envie ne peut plus être formulée.

 

Certaines personnes vont être en capacité de se restaurer physiquement et dans leur identité, de mobiliser leurs ressources pour se réinscrire dans une perspective de soins et d’insertion. Celles-ci seront accompagnées dans l’autonomisation. Elles pourront à nouveau maîtriser leur situation et l’inscrire dans le cadre d’un projet de vie.

 

D’autres auront un pronostic vital si pessimiste que cette démarche ne pourra pas s’initialiser.

 

 

Un lieu où les personnes sont accueillies avec leurs problématiques y compris l’alcool

 

Le seuil d’admissibilité du lieu est volontairement le plus bas possible.

 

Pendant longtemps, considéré comme une tare associée à des personnes oisives, paresseuses, l’alcoolisme a été source d’exclusion des structures d’hébergement. Il était ainsi demandé aux personnes d’être sevrées avant d’être accueillies. Notre travail sur plusieurs années avec ce public nous montre pourtant qu’une amélioration des conditions de vie dans un cadre à la fois sécurisant et non jugeant, suffit le plus souvent à faire baisser de manière spectaculaire une consommation importante (une situation très souvent observée sur la Halte Santé par exemple).

 

 

Un petit collectif de 18/20 personnes situé en centre ville

 

Le lieu permet de préserver l’intimité des personnes tout en proposant des espaces collectifs.

 

Il est d’abord sécurisant et convivial car à taille humaine. L’individualité de chacun est reconnue et les échanges entre tous sont favorisés.

 

Le cadre proposé vise ensuite à reconstituer un ensemble de repères temporels devant permettre de se réinscrire dans une chronologie. Le rythme biologique est structuré par les repas. Les personnes sont invitées à participer aux tâches du quotidien de la maison. Plusieurs activités établies sur des horaires fixes rythment la journée. Des animations programmées dans la semaine ou le mois participe à une nouvelle projection dans le temps.

 

Les activités et animations permettent enfin la création de liens relationnels au sein d’un groupe de résidents ou avec les accueillants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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