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Le blog du G. P. S.

Depuis décembre 2008 à Toulouse, le GPS(Groupement Pour la défense du travailSocial) se bat contre les atteintes portées aux usagers du secteur social. Pour ce faire de multiples actions ont été menées en faveur du droit des usagers.

Roms : "recensements, expulsions, charters" & "au coeur des camps"

Publié le 18 Juin 2012 par Le blog du G. P. S. in Roms

Article de Philippe Alain, paru sur Mediapart.fr, le 15 juin 2012:

   "Recensements, expulsions, charters: Valls marche à pas de Guéant
  

Alors que tous les dirigeants socialistes poussent des cris d’orfraie contre Nadine Morano qui déclare publiquement qu’elle partage les mêmes valeurs que les électeurs du Front National, à Grenoble, Toulouse et Lyon, Manuel Valls, lui, applique scrupuleusement la même politique que Claude Guéant à l’égard des roms.


 

Grenoble, mercredi 22 mai


A 6 heures du matin une centaine de policiers entoure le camp de La Tronche occupé par des roms. Les enfants sont réveillés dans leur sommeil. Ils hurlent, c’est la panique. (1)

140 personnes sont « recensées » selon les termes de la police. Une vingtaine d’Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF) est délivrée à la chaîne, toutes sont rédigées sur le même modèle. Deux personnes sont conduites en rétention. Depuis l’élection de François Hollande, les expulsions se multiplient à Grenoble. « C’est le grand nettoyage de printemps avant les vacances, comme en 2010 et 2011. Rien ne change » s’indigne un militant.

 

 

Toulouse, mercredi 6 juin


Un campement de roms situé le long de la Garonne qui abritait une trentaine de personnes est démantelé. La police est arrivée avec un bulldozer et a détruit toutes les cabanes. (2) Avec les 2 évacuations opérées par la police la semaine précédente, ce sont plus de 100 personnes qui sont jetées à la rue en quelques jours. Cette fois-ci, c’est la supposée dangerosité du site qui est mise en avant. Avec une possible montée des eaux, les personnes seraient en danger. La préfecture doit estimer que pour des enfants et des nourrissons, dormir à la rue, sous la pluie, sans abri, exposés aux dangers de la rue, c’est un sort beaucoup plus enviable.

 

 

Lyon, jeudi 14 juin


Environ 50 roms se retrouvent à Perrache pour attendre le car qui les conduira à l’aéroport où ils seront rejoints par d'autres en provenance de Saint-Etienne. Un charter a été spécialement affrété pour eux par l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration), direction Bucarest. L’OFII est toujours dirigé par Arno Klarsfeld, l’ex-boyfriend de Carla Bruni Sarkozy, qui déclarait qu’on pouvait bien renvoyer les roumains chez eux, car ce n’était quand même pas Auschwitz (3).

C’est la seconde expulsion collective à Lyon qui se fait sous le couvert de l’aide au retour humanitaire depuis l’élection de François Hollande. La précédente a eu lieu le 10 mai et à l’époque, on nous avait expliqué qu’on ne pouvait pas l’attribuer au nouveau gouvernement. Pour ceux qui auraient des doutes sur la politique de messieurs Hollande et Valls à l’égard des roms, le prochain voyage tous frais payés organisé par le gouvernement socialiste au départ de Lyon et à destination de la Roumanie est prévu début juillet.

En ce moment à Lyon, d’après les associations, les descentes de police se multiplient dans les camps et les squats. Un militant témoigne : « La police enchaîne les descentes pour recenser et préparer les expulsions. La situation a été calme après les présidentielles et là, depuis 3 semaines, on dirait qu'ils préparent un remake de l'été 2010.»

 

En novembre 2011, le Comité Européen des Droits Sociaux (CEDS) a pourtant qualifié les expulsions collectives de roms comme étant  "discriminatoires" et "contraires à la dignité humaine" car fondées sur l'origine ethnique des personnes concernées. Il s’agit d’ « une violation aggravée des droits de l'homme" selon le Conseil de l’Europe. Même le prétexte des retours volontaires est balayé par le CEDS: « Ces retours dits volontaires ont en pratique déguisé des retours forcés sous forme d'expulsions collectives ».

 

Le 27 mars 2012, François Hollande, candidat à la Présidence de la République, écrivait pourtant à Romeurope: « J’ai toujours dénoncé, et je continuerais à le faire, la stigmatisation dangereuse lancée par le candidat sortant en août 2010 à l’égard des populations de Roms : expulsions brutales à répétition, stigmatisation toujours plus forte d’une population, interdiction de travailler et de se former, reconduites aux frontières sans résultat… » (4).

Même Manuel Valls, lors de sa passation de pouvoir le 17 mai avait déclaré devant Claude Guéant et les caméras: « Il n’y aura ni angélisme, ni course effrénée aux chiffres, ni stigmatisation de communautés, d’une catégorie par rapport à une autre…» (5).

Beaucoup voulaient y croire après le sarkozysme et la stigmatisation des étrangers érigée en grande cause nationale. Il paraît que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent…Une preuve de plus.

 

Le 12 juin, à propos de la réforme de l’espace Schengen, Daniel Cohn-Bendit a accusé Manuel Valls de s’être glissé « dans les pantoufles de Claude Guéant » (6). Valls ne se contente malheureusement pas de se glisser dans les pantoufles de Claude Guéant. Il enfile le costume tout entier et trouve que cela lui va comme un gant.

Et si jamais certains pensent encore que l’habit ne fait pas le moine, le nouveau ministre de l’intérieur met un point d’honneur à appliquer scrupuleusement la même politique raciste et xénophobe que son prédécesseur à l’égard des roms: expulsions de camps, recensements, délivrances d’obligation de quitter le territoire, reconduites à la frontière et charters…

 

Décidément, pour les roms, le changement, c’est vraiment pas pour maintenant.

 

 

(1) http://www.20minutes.fr/article/939823/camp-tronche-sursis

(2) http://www.franceinter.fr/depeche-demantelement-d-un-camp-de-roms-a-toulouse

(3) http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-alain/220911/la-roumanie-nest-pas-auschwitz-mais-ici-cest-deja-vichy

(4) http://www.romeurope.org/IMG/pdf/Reponse_Parti_Socialiste.pdf

(5) http://www.dailymotion.com/video/xqw3ju_passation-de-pouvoirs-entre-gueant-et-valls_news

(6) http://www.liberation.fr/politiques/2012/06/12/cohn-bendit-valls-a-enfile-les-pantoufles-de-gueant_825747 " 

 

 


  Dossier de Pauline Croquet,  publié le 17 juin 2012 sur La Dépêche.fr

"Au cœur des camps du Tiers-monde

Pour éviter de mendier, les hommes montent des entreprises./ Photo DDM, Nathalie Saint-Affre.

Pour éviter de mendier, les hommes montent des entreprises./ Photo DDM, Nathalie Saint-Affre.
Pour éviter de mendier, les hommes montent des entreprises./ Photo DDM, Nathalie Saint-Affre.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Toulouse, près de 400 Roms venus de Bulgarie et Roumanie et vivent dans des camps. Certains avec la bienveillance des pouvoirs publics, d'autres dans des abrisplus sauvages.

C'est un tout petit hameau sauvage retranché au milieu des bois. Sous les ponts de la rocade et des voies de chemin de fer, en bord de Garonne. Tellement près du Casino Barrière que l'on pourrait entendre sonner les machines à sous. Une petite dizaine de cabanes de fortune ont été construites. Des abris de quelques mètres carrés entourés de tissus et linos étanches, comme des yourtes. Il y a aussi des portes, des toilettes, de l'électricité fournie par un groupe électrogène. Bien que propre et entretenu, l'endroit reste précaire, outillé de bric et de broc. C'est ici qu'habitent Lubo et sa famille. Seize adultes et quatre enfants : « Il y a mes parents, mes cousins et oncles avec leur famille. Il y aussi ma femme et mon fils de 7 ans », raconte cet homme de 26 ans. Lubo est Bulgare, issu de la minorité Rom. Avant de venir à Toulouse, il a passé deux ans en Espagne. « Là-bas, je travaillais comme maçon, je pouvais tout construire, des toits aux fondations. Puis la crise a fait qu'il n'y avait plus de travail pour moi. Alors je suis venu rejoindre mes parents il y a deux mois. Eux ça fait quatre mois qu'ils habitent ici », explique Lubo dans un espagnol soutenu. A Toulouse, « pour ne pas être juste mendiant », il joue de l'accordéon. « Je sais jouer aussi du violon et de la guitare. Je peux jouer des airs bulgares, arabes, français, espagnols. »

En journée, le camp est désert. Les hommes s'en vont gagner quelques euros. Les femmes et les enfants se rapprochent de l'île du Ramier pour bénéficier de nourriture et utiliser les douches du centre d'aide.

« Notre camp est calme. On ne veut pas bouger. La police est venue deux fois sans nous embêter. On surveille juste que l'eau de la rivière n'inonde pas. On ne veut pas se rapprocher des autres camps car y vivent des Roumains avec lesquels on ne s'entend pas. Et puis nous repartons en Bulgarie en septembre. »

Sept camps « provisoires » au bord de la Garonne ont été recensés. Les habitants, en transit, n'y restent jamais très longtemps. « Contrairement aux camps installés, il y a un état sanitaire alarmant et le problème des crues de la Garonne. Les berges appartiennent à tous les Toulousains », explique Claude Touchefeu, adjointe au maire. Pour ces raisons, certains camps ont été détruits par la police il y a peu.


Entrepreneurs pour ne pas mendier

Le camp de la Flambère, aux alentours du quartier Purpan, est l'une des places considérées les plus stables. Occupé depuis une dizaine d'années par des Roms venus de Roumanie, 180 personnes réparties dans une quarantaine de familles, le terrain est loué et suivi par la mairie de Toulouse. 35 enfants sont inscrits dans les écoles alentours. Il y en aura 44 à la rentrée prochaine. Dans le camp de la Flambère, contrairement aux terrains de Toulouse, on parle tzigane et français. La journée, ils sont plusieurs à rester au campement. Beaucoup ont renoncé à mendier en lavant les pare-brise des voitures au carrefour de Purpan. « Cela ne marche pas, les gens s'énervent, sortent des voitures pour crier. On ne vit pas bien si l'on nettoie les carreaux », a constaté Lorenzo, 25 ans, qui voulait « un travail officiel ». Lui et deux autres hommes du camp se sont installés comme autoentrepreneur pour monter des affaires de récupération de ferraille et épaviste. Il vient de déposer un dossier. « Je suis content, c'est un vrai travail. Avec mes enfants qui vont dans votre école, on fait comme vous. On apprend des nouveaux mots en français, on découvre des nouveaux aliments quand les enfants reviennent de la cantine. » Il ajoute : « L'entreprise est la seule solution. Les gens ne veulent pas m'embaucher. » Lorenzo travaille plutôt le soir, passe dans les garages ou chez les particuliers. Il travaille avec son frère. « Les Roms ne sont pas des populations nomades à la base. S'ils vivent dans des caravanes, c'est faute de mieux », explique Yves Simmonot du Collectif de soutien.

P. C.


Le chiffre : 50

roms > Venus de Bulgarie. Sur les quelque 400 Roms qui vivent à Toulouse, une cinquantaine vient de Bulgarie. Les autres sont originaires de Roumanie. 180 parlent tzigane et viennent d'une région proche de Bucarest.


Des places différentes

« Les Roms appellent les terrains places », explique Yves Simmonot, du collectif solidarité Roms.

- La Rupé : deux terrains « officiels » appartenant à la mairie de Toulouse géré directement par elle.

- La Flambère : un terrain « officiel » loué par la Mairie à un particulier, autogéré avec le concours de la Mairie (prestations) et d'une association ad hoc.

- Le Ginestous : un terrain « sauvage » mais toléré sur propriété de la mairie.

- Berges de Garonne : un camp « sauvage » non toléré par le propriétaire (l'Etat) et cours d'expulsion.

- Gramont-Atlanta : un camp « bidonville » mal toléré, mais pas expulsé pour le moment.

Les bords de Garonne sont occupés généralement par les familles bulgares, plus isolées. Les camps sont habités en majorité par les Roumains. Un certain nombre de personnes comprennent le français et parlent assez bien espagnol, car ayant passé plusieurs années en Espagne."

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