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Le blog du G. P. S.

Depuis décembre 2008 à Toulouse, le GPS(Groupement Pour la défense du travailSocial) se bat contre les atteintes portées aux usagers du secteur social. Pour ce faire de multiples actions ont été menées en faveur du droit des usagers.

"Un homme retrouvé mort au bout de huit jours dans un foyer"

Publié le 8 Janvier 2013 par Le blog du G. P. S. in Archives partout ailleurs 2013

Article de S. Bailliy, paru le 7 janvier 2013 sur www.grand-rouen.com

"Drame de la solitude au sein d’un foyer d’hébergement à Rouen. Entre Noël et le jour de l’an, un homme y est mort, seul, dans sa chambre. Il n’a été retrouvé qu’après les festivités.

L’homme était hébergé à l’URAS, Unité de Reconquête de l’Autonomie Sociale, 20 rue Joyeuse, à Rouen. Il a été retrouvé mort, dans sa chambre, vendredi 4 janvier 2013. L’état de décomposition du  corps laisse à penser que la mort remonte au 27 décembre 2012. Personne, pendant plus d’une semaine, n’aurait remarqué l’absence du pensionnaire. « Une honte », selon un membre du personnel que Grand-Rouen a pu interroger. L’homme résidait dans le foyer « depuis un an, un an et demi ».

Ce décès et cette absence d’attention interviennent dans un foyer qui dépend d’Emergence(s), une structure dont les employés avaient tiré la sonnette d’alarme en décembre 2012, se plaignant des méthodes de management dont ils estimait souffrir. Etienne Muller, le délégué syndical Sud Santé nous disait alors : « on court à la catastrophe ».

A l’occasion du réveillon de Noël, quelques jours avant le décès, les résidents avaient participé à une séance photo.

Nous avons tenté de joindre le chef de service responsable du foyer Uras, qui était en réunion…


Ci-dessous 9m2, un documentaire de 2010, 13 minutes et six portraits de résidents de l’URAS de Rouen

 

 CLIC"



Le 18 décembre 2012, S. Bailly avait déjà écrit un article à propos des travailleurs sociaux d'Emergence-s et de leurs conditions de travail :

"Emergence de la souffrance au travail

Pour les travailleurs sociaux d’Emergence-s, le climat est tendu. Ils organisaient une conférence de presse pour décrire leurs conditions de travail.

Tout commence par l’annonce d’une conférence de presse. Une de plus, se dit-on. Mais, arrivé au 88 rue du champs des oiseaux, à Rouen, l’ambiance est particulière : on nous fait attendre dehors. Pas question d’entrer. C’est que la direction n’a pas été prévenue de notre venue. On pourrait se faire jeter dehors, nous expliquera-t-on plus tard. La conférence aura donc lieu dans la courette extérieure qui donne sur la rue. Et les gouttes qui tomberont à un moment n’y changeront rien. Qu’importe si l’encre sur le bloc-note bave un peu sous la pluie.

Le maître de cérémonie, c’est Etienne Muller, délégué syndical Sud Santé, élu du personnel. Il vient de quitter une assemblée générale. Avec lui cinq, six ou sept salariés, selon les moments. Tous travaillent là, ou dans les structures qui dépendent de l’établissement.

On est chez Emergence-s deux journalistes à avoir répondu à l’appel sur une quarantaine qui étaient en copie du mail.

Le sujet, pourtant, est au coeur de l’actualité. Il y a un an, presque jour pour jour, le personnel de l’association OHN (Oeuvre Hospitalière de Nuit) se mettait en grève. Juste avant Noël. Ont suivi les manifestations et piquets de grève de janvier. En même temps, l’occupation par le DAL d’un immeuble abandonné avenue du Mont Riboudet . Puis rue des Augustins à Rouen. Et à partir de juin, l’occupation de la Maladrerie. Des familles y sont toujours accueillies .

L’OHN est devenue Emergence-s en absorbant l’Association Saint Paul. Il s’agit d’accueillir des hommes et des femmes avec ou sans enfants, sans abri ou vivant dans des conditions précaires, de gérer des établissements ou des services leur proposant un hébergement et des possibilités d’accompagnement pour leur réinsertion sociale. Un millier de personnes, une moitié en hébergement, l’autre en suivi social, et 80 environ qui travaillent sur des chantiers d’insertion. Le tout suivi et géré par 200 salariés d’Emergence-s, donc.

Et ce sont ces derniers qui vont mal. Leurs grèves, un an après, n’ont rien donné. Et ce qu’on entend, c’est la souffrance au travail qui s’exprime. Du stress, de la pression, l’explosion des arrêts maladies « multipliés au moins par 5 par rapport à 2010″… Dans la ligne de mire, la manière de se comporter de la direction depuis deux ans et demi, qui privilégierait la rentabilité au travail social, mais aussi la baisse des moyens : « il est de plus en plus difficile d’assurer nos missions ».

Et puis la fusion de l’OHN et de Saint-Paul aurait eu des conséquences, comme un nivellement par le bas des acquis sociaux… Difficile d’avoir des chiffres, des exemples précis. Il y a la mutuelle, dont l’intérêt aurait baissé. Mais surtout : « on n’a plus confiance dans notre direction ». Et de nous raconter des salariés aux prudhommes, un directeur mis au placard. Les mots qui fusent dans la petite cour devant l’entrée sont durs : « mensonge », « peur », « mépris », « insultes »… Au dernier comité d’entreprise, le dialogue aurait été rompu : « on a claqué la porte ».

Pas question, encore, d’appeler à la grève générale. Mais cette conférence de presse est un appel au secours : « on court à la catastrophe », « on a besoin que vous nous aidiez à diffuser cette souffrance », nous dit-on.

L’an dernier, un des objectifs de la grève était d’arriver à changer de directeur. Peine perdu : « Il a l’entière confiance du Conseil d’Administration », concède-t-on. Cette année, l’objectif est plus modeste : « on veut faire reconnaître la souffrance des salariés, qui est totalement niée par la direction », « on veut pouvoir à nouveau parler de travail social, et être respecté ».

Et la poignée de salariés prêts à témoigner à visage découvert rentre dans l’enceinte de l’établissement. La courette reste vide. Il pleut, encore, quelques gouttes."

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