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Le blog du G. P. S.

Depuis décembre 2008 à Toulouse, le GPS(Groupement Pour la défense du travailSocial) se bat contre les atteintes portées aux usagers du secteur social. Pour ce faire de multiples actions ont été menées en faveur du droit des usagers.

Urgence hébergement: pourquoi le 115 ne répond plus

Publié le 11 Octobre 2012 par Le blog du G. P. S. in Archives Toulouse 2012

Article paru sur Libétoulouse, le 10 octobre 2012

"Urgence hébergement: pourquoi le 115 ne répond plus

EbjbefidSOCIETE. - «Je ne peux plus rencontrer une famille dans la rue la nuit (…) sachant, alors que je lis la fatigue dans les yeux des enfants, que je vais devoir lui dire que je n’ai pas de solution.
- Je ne peux plus répondre à l’appel d’une femme sur le 115, en espérant qu’elle soit victime de violence conjugale, seule situation qui me permettrait de trouver une solution d’hébergement»

Et il y en a toute une litanie, comme ça, qui aurait pu être rédigée par la Petite Marchande d'Allumettes. Et où les salariés toulousains de la Veille Sociale expliquent pourquoi ils ne secourent plus les sans-toit de la ville en demande d'un hébergement d'urgence.

Une semaine que le 115, le Pôle d'Accueil de la rue Adolphe Coll et les Equipes Mobiles ne fonctionnent plus (voir le dessin de Mig). Une réunion s'est tenue lundi 8 octobre où la Préfecture et la Ville se sont engagées à «tout mettre en œuvre» pour améliorer la situation.
«Des pistes ont été évoquées, relève la Veille, «mais sous réserve des enveloppes budgétaires qui seront allouées dans le cadre du plan hivernal». Autrement dit, des idées, il y en a, c'est le pétrole qui manque…

S'étant épuisés, chaque année, à toutes sortes de mouvements revendicatifs, ayant enregistré toutes sortes de promesses réconfortantes et n'ayant jamais rien obtenu, les salariés de l'hébergement d'urgence ne demandent cette fois plus rien.
Mais ils ne se remettront au travail que lorsque, cette fois, leur seront faites des «préconisations réelles».

En attendant, le disque du 115, répétant que le service est fermé et remerciant les appelants de leur compréhension, tourne toujours. 

GLv.
Le témoignage d'un salarié de la Veille qui, dit-il, «ne peut plus» et auquel souscrit l'ensemble des salariés qui n'en peuvent plus :

«Je suis travailleur social sur la Veille Sociale Départementale de la Haute-Garonne. J’ai pour mission d’accueillir, d’informer et d’Orienter les personnes les plus démunies en intervenant sur les trois services : le 115, le PAIO ou l’EMSS. J’ai surtout pour mission de faire valoir les droits des personnes, notamment le droit à l’hébergement et au logement.

Depuis jeudi dernier j’use de mon droit de retrait car je me sens en situation de danger imminent. Je ne peux plus assurer correctement et sereinement ces missions. Je suis en souffrance sur mon lieu de travail.

Je travaille depuis de nombreuses années sur le service, j’ai acquis de l’expérience. J’ai toujours exercé ces missions en toute connaissance des difficultés.

Mais aujourd’hui :

Je ne peux plus répondre à l’appel d’une femme sur le 115, en espérant qu’elle soit victime de violence conjugale, seule situation qui me permet actuellement de trouver une solution d’hébergement.

Je ne peux plus, suite au signalement d’un citoyen bienveillant, rencontrer un homme installé sur un trottoir le soir à 22h et lui dire que je ne peux pas répondre positivement à sa demande d’hébergement. Je ne peux plus rappeler ce citoyen et lui dire que la personne va passer la nuit sur le trottoir et que finalement son appel n’a servi à rien.

Je ne peux plus rencontrer une famille dans la rue la nuit et évaluer la situation sereinement, sachant qu’alors que je lis la fatigue dans les yeux des enfants je vais devoir lui dire que je n’ai pas de solution.

Je ne peux plus, comme seule réponse à une demande d’hébergement, me résigner à ne donner qu’un duvet.

Je ne peux plus rencontrer, à la gare le soir, une femme fragile, épuisée, désespérée qui me demande de la protéger sachant que je vais lui répondre qu’elle va devoir passer la nuit dehors lorsque la gare va fermer et qu’elle sera alors encore plus en danger.

Je ne peux plus recevoir une famille sans hébergement au PAIO, en espérant qu’elle va me dire qu’un des enfants souffre d’une maladie grave ou qu’elle a été victime de sévices, car je suis en quête d’éléments dramatiques qui me permettraient d’éventuellement lui proposer quelques nuits de repos à l’hôtel.

Je ne peux plus accueillir correctement un homme qui se retrouve brutalement dans une situation de dénuement et qui se sent amoindri car je sais que sa situation risque d’empirer sachant que je n’ai pas de solution à lui proposer.

Je ne peux plus recevoir une famille en sachant que je vais être tenté de proposer au père de se séparer du reste de sa famille car cela pourra peut-être me permettre de mettre la mère et les enfants à l’abri.

Je ne peux plus voir la santé d’hommes et de femmes se dégrader de jour en jour, voire des personnes mourir à la rue, faute de solution d’hébergement adaptée.

Je ne peux plus voir les larmes dans les yeux des femmes et des enfants que je suis censé aider ou dans les yeux de mes collègues entre deux entretiens difficiles.

Je ne peux plus exercer mes missions dans la mesure où je ne peux plus faire valoir un droit reconnu comme fondamental, le droit à l’hébergement et au logement.»"

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